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Conférence du 10 juin 2008
Regards français sur la Norvège - Par Eric Eydoux

Une bonne centaine de personnes sont venues assister mardi 10 juin à la conférence "Regards français sur la Norvège" donnée  par Eric Eydoux. A l'appui d'une riche iconographie, celui qui est aujourd'hui reconnu comme l'un des plus importants maillons de la médiation interculturelle franco-norvégienne nous a brossé une rétrospective de la vision portée par la France sur la Norvège à travers les âges. Abordant tour à tour les domaines artistique, littéraire, politique ou économique,
Eric Eydoux aura démontré la fascination des Français pour le grand Nord, auquel il voue, quant à lui, une véritable "passion boréale".

 

Eric Eydoux
Ancien Conseiller Culturel à Oslo, universitaire et créateur du Festival les Boréales, co-fondateur de l'OFNEC... Eric Eydoux a consacré près de 30 ans au service de la médiation interculturelle franco-norvégienne !

> Parcours

Années soixante
Professeur de  littérature et de civilisation françaises à  l'université de Kristiansand

1976- 1980
Conseiller Culturel près l'Ambassade de France à Oslo
Création de la section norvégienne au lycée de Bayeux

1983
Création de l'Office franco-norvégien d'échange et de coopération à Caen (OFNEC), dont il sera directeur

Enseigne comme Maître de conférences en civilisation scandinave pendant 30 ans à l'Université de Caen

1987
Création du "Mois de la Norvège" à Caen. Visite de la Reine Sonia

1991
Édition norvégienne des Belles étrangères qui donne naissance au Festival Les Boréales dont il sera Président jusqu'en 1998

1997
Les Boréales reçoivent une vingtaine d'écrivains scandinaves

1997
Publie Polars du Nord : Une anthologie (Broché)

2000
Exposition "Passions boréales" au musée de la Marine de Paris

2001
Exposition "Peintres nordiques" dans l'Oeust de la France

2003
A l'occasion des 20 ans de l'OFNEC, séminaire franco-norvégien

2004-2008
Maire adjoint chargé de la Culture à la Ville de Caen
Fonde notamment le Salon du Livre

2007
Publication de Histoire de la littérature norvégienne (PUC)

2008
Directeur du Musée Christian Dior à Granville

 

> Oeuvres traduites du norvégien par Eric Eydoux

Eric Eydoux a traduit une trentaine de romans et pièces de théâtre, notamment de Kjell Askildsen, Johan Borgen, Knut Faldbakken, Bergljot Hobaek Haff, Henrik Ibsen, Tove Nilsen, Tarjei Vesaas, Herbjørg Wassmo.

> Ouvrage de référence


>
Toute sa bibliographie
et publications

http://www.clio.fr/e
space_culturel/
eric_eydoux.asp

 

 

 

 

 


 

Les Pirates Normands,  Evariste Luminais, 1894



 

 

 

 

Étiquette camembert
 

 

 

 

 


 

Livre de Chasse de Gaston Phoebus, 1387

 

 

 

Le pavillon norvégien à l'exposition
Universelle de Paris de 1900

 

Nansen en expédition au pôle Nord

 

Le Roi Haakoon et la Reine Maud

10 décembre 1905

Publicité Rasurel, 17 juin 1905

 

"Que savez-vous de la Norvège ?" A en croire Eric Eydoux qui se plait à questionner son entourage, les Français ont fait de grands progrès ces dernières années ! Ils savent dorénavant qu'Oslo est une Capitale exempte d'ours blancs, qu'il n'y fait pas nuit toute l'année, et que les jeunes filles y sont blondes et jolies ! Plus sérieusement, il parle d'une lueur de fascination dans l'oeil du français à l'évocation de la Norvège qui cultive, dans notre représentation collective, une image de nature intacte et sauvage, bordée de fjords majestueux et baignée d'une lumière si particulière. Aujourd'hui, la Norvège, c'est aussi un idéal politique de démocratie tranquille, ce fameux "modèle scandinave". Un État providence qui se distingue encore par son NON à l'Europe. Côté librairies, la Norvège ne compte plus ses succès littéraires en France, notamment aux rayons des polars et des livres de jeunesse.

La Normandie, berceau vivant des Vikings

S'il y a bien une Région en France où le Viking est encore à toutes tables, c'est en Normandie ! Même certains camemberts en ont fait leur motif d'étiquette... et le Conseil Régional de Basse Normandie son logo ! On le sait, les Vikings de Normandie n'étaient pas tous originaires de Norvège, mais qu'importe ! Ils ont définitivement mis, dans notre imaginaire, leur empreinte  d'hommes du Nord, cruels et sans pitié. Reprenant les témoignages épouvantés des contemporains, les illustrations en ce sens ne manquent pas, des romans aux tableaux (ci-contre "Les pirates Normands" par Evariste Luminais en 1894), en passant par les livres scolaires. Le Viking fascine par sa puissance... et finalement, s'est fait glorifier par une région qui porte encore les traces de son passage. Il suffit d'étudier la toponymie normande pour voir que les Vikings sont passés par là (le bec= bekk ruisseau en norvégien). Et Eric Eydoux de citer Chateaubriand "Lorsque la Barbarie envahit les civilisations, elle la fertilise par sa vigueur".

Imagerie du chasseur

Au XIV siècle, Gaston Phoebus, Comte de Foix (Béarn), considéré comme un des plus grands chasseurs de son temps, publie un "livre de chasse" dans lequel il consacre un chapitre illustré d'une belle enluminure à la chasse au renne qu'il aurait pratiqué en Norvège lors d'un de ses voyages en Europe du Nord (vers 1356).

La vision des géographes et explorateurs

La situation géographique de la Norvège reste jusqu'au XVIe siècle relativement imprécise. En témoigne un atlas portugais datant de 1517 où la Norvège est représentée de manière plus qu'approximative en Europe du Nord. Il faudra attendre les géographes français et les frères Sanson pour que les côtes norvégiennes se dessinent. Le Marquis de Torcy, neveu de Colbert, rapportera de sa mission extraordinaire en Scandinavie à la fin du XVIIe une riche iconographie des villes du Nord (notamment Oslo, Larvik, Arendal). Un siècle plus tard, en 1795, le Duc d'Orléans âgé de 22 ans, fuyant la Révolution Française sous le pseudonyme de Müller, voyagera avec un de ses amis jusqu'au Cap Nord. Il séjournera en Norvège puis en Finlande où il engendrera un fils, dont les descendants vivent maintenant en Finnmark.
En 1839, une expédition scientifique, menée par Paul Gaimard  embarque une équipe de chercheurs  et part vers le Spitzberg sur la corvette "La Recherche". Paul Auguste Biard, peintre attitré de l'expédition, et sa jeune épouse Léonie d'Aunet font partie du voyage. Cette dernière deviendra plus tard la maîtresse de Victor Hugo, un adultère qui lui vaudra deux ans d'emprisonnement durant lesquels elle écrira son récit "Voyage d'une femme dans le Spitzberg" (1854). Au XIXe siècle toujours, une série de récits et d'illustrations de Gustave Doré, contribueront à entretenir  la fascination des Français pour la Norvège, en ce qu'elle a de paysages vertigineux, de routes en lacets impraticables...

Promotion de la Norvège à l'exposition Universelle

A la fin du XIXe siècle, la Norvège entreprend une campagne de propagande pour affirmer son identité et s'affranchir de la Suède. Elle ne lésine pas sur l'investissement lors des expositions universelles de 1889 et 1900 où elle présentera son propre pavillon...
ce qui ne manquera pas de provoquer la colère du Roi de Suède !

L'image médiatique de la Norvège

Dès les années 1890, la presse française commence à s'intéresser à cette nouvelle petite nation qui va obtenir son indépendance. Une revue de presse fournie permet de cerner cinq grands pôles d'intérêts de l'opinion française pour la Norvège.

Côté musique, Grieg enchante la critique qui dit de lui qu'il est "l'incarnation vivante de la Norvège". Lui aussi s'engage politiquement dans l'affaire Dreyfus et refuse de donner une représentation pour la cause. 

Dans le domaine littéraire, la France découvre les grands auteurs, Bjørnstjerne  Bjørnson et surtout Ibsen. Le tout-Paris se bouscule pour aller voir Le Canard Sauvage, Rosmersholm, ou La Comédie de l'Amour. D'autres dramaturges, moins célèbres à Oslo, remportent un grand succès à Paris comme La puissance du mensonge de Bojer Johan, auteur du Dernier des vikings.

L'exploration des pôles sur le bateau Fram passionne l'opinion publique. Nansen du retour du pôle Nord, puis Admunsen quelques années plus tard du pôle Sud seront glorifiés, et considérés comme héros modernes. Nansen met à profit sa notoriété pour jouer, plus tard, un rôle d'importance au sein de la Société des Nations.
Même les publicitaires ont senti la portée de l'événement et le Dr Rasurel propose, "en prévision d'un long hivernage" de se pourvoir en sous-vêtements de laine et ouate de Tourbe, "indispensables dans les régions arctiques" ! (cf. ci-contre).

Sur le plan politique, la Norvège nouvellement indépendante s'affranchit de la Suède et installe sa monarchie (ci-contre en 1905, la Une du Petit Journal). Parallèlement, la France s'intéresse de très près au développement de l'hydroélectricité.

Pendant la seconde Guerre mondiale, l'opération militaire de Narvik fera couler beaucoup d'encre, montrant le peuple norvégien sous les bombardements des nazis. "En Norvège, les aviateurs nazis ne se sont pas contentés de bombarder les objectifs militaires, de s'opposer au débarquement des Alliés en attaquant bateaux de guerre (...). Ils ont bombardé et mitraillé des villages vides de troupes, des villes sans défense, des hôpitaux même, semant la terreur, la désolation et la mort parmi la population civile (...) Les habitants, pour échapper au danger n'avaient d'autres ressources que de s'enfuir dans les forêts par une température des plus rigoureuse, de passer des jours et des nuits sur le sol couvert de neige, tandis que le ciel rougeoyait des incendies" (Match, 9 mai 1940).

Quelques années plus tard, vers 1970, c'est l'émancipation féminine qui intéressera les médias français, et la presse de titrer "Les amazones existent, je les ai vues en Norvège" !

Tout au long des dernières décennies, la presse consacre naturellement de nombreux articles à la nouvelle puissance pétrolière mais analyse aussi plusieurs autres aspects de la Norvège contemporaine : un système démocratique profondément ancré dans les moeurs du pays, le rôle de médiateur joué par les diplomates norvégiens, la religion et l'environnement, ou encore son refus d'être dans l'Union européenne.

Enfin, Eric Eydoux évoque-t-il divers romans français où est évoquée la Norvège, en particulier Han d'Islande de Victor Hugo, Séraphita de Balzac, Un billet de lotetie de Jules Verne, Jérôme 60° latitude Nord de Maurice Bedel (Prix Goncourt 1927) et Convoi pour la Norvège de Henri Quéffelec.

 

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