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Conférence du 18 septembre 2008
Itinéraire d'un Paris chantant

Entre Montmartre et les Grands Boulevards, c'est dans un Paris chantant et virevoltant que nous a transportés Gérard Kunian, spécialiste des arts populaires. A travers l'histoire des plus célèbres cabarets et cafés-concerts parisiens, parmi lesquels Le Moulin Rouge ou les Folies Bergère, nous sommes partis en goguette sur les traces de chanteurs en tous genres - gambilleuses, gommeuses, scieurs et revanchards. Au gré de quelques extraits chantants, cette promenade d'un soir nous aura permis de redécouvrir l'effervescence d'un Paris du XIXe siècle, dont Toulouse-Lautrec nous fournit un témoignage bien vivant. Suivez le guide !

 
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Chacun son genre !
Gouaille, gesticulation, diction et grimaces, ils ont tous conquis leur public en travaillant leur style.

- Les romancières comiques chantent des romances (Theresa interprétant « la femme a barbe »)
- Les revanchards ne supportent pas la défaite face aux prussiens (Amiati, avec son Fils de l'Allemand)
- Les diseuses travaillent leur diction (Yvette Guilbert interpretant « Madame Arthur »)
- Les gommeurs et gambilleurs dansent frénétiquement ( Libert)
- Les pierreuses ou gigolettes arpentent le pave (Eugénie Buffet)
- Les demi-mondaines, sont entrenues par de riches admirateurs (Emilienne d'Alençon)
- Les chanteuses de valses (Paulette Darty)
- Les chanteurs a voix (Antoine Renard)
- Les chanteurs fantaisistes de charme (Mayol et son « Viens poupoule »)
- Les comiques troupiers vantent la grande muette (Polin et sa célèbre « tonkinoise »)
- Les idiots de génie comme Dranem entonnent leur répertoire de chansons stupides (« le trou de mon quai » ou « les p'tits pois »)

 

> Le "quadrille naturaliste", alias le French cancan

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Le quadrille naturaliste apparait sur les planches du Moulin Rouge vers 1890, avec en meneuse La Goulue et ses trois comparses :  Jane Avril surnommée Jeanne la Folle, la Môme Fromage appelée ainsi en raison de son jeune âge, Grille d'Egoût connue pour son goût du chahut, Nini Pattes en l'Air. Seul homme du quadrille : Valentin le Désossé qui n'aura jamais son pareil pour faire danser les filles.

> Ouvrage de référence

«Music-hall et café concert» d'André Sallée et de Philippe Chauveau (Bordas)


>
En savoir plus

http://gallica2.bnf.fr/

www.chanson.udenap.org

La Goulue et Toulouse Lautrec http://www.dailymotion.com/
video/x32phs_lautrec-la-goulue-1_creation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel est le point commun entre le « quadrille naturaliste » -qui donnera naissance au fameux French cancan-, et les revues d'aujourd'hui proposées par le Lido ou le Crazy Horse ? La scène, et ce qui fait que Paris est un spectacle permanent. Même si notre conférencier, Gérard Kunian nous aura confié trouver ce nouveau genre « plaisant mais par trop formaté, à l'instar de la cuisine internationale versus traditionnelle», il n'aura pas manqué de les citer à la fin de son parcours historique, comme un héritage moderne d'une culture de spectacles vivants du XIXe siècle.

Les premiers cafés chantants
Au titre des « ancêtres » des caf'conc' : les Cafés chantants du XVIIIe dont résonnent encore des airs comme « Cadet Roussel a trois maisons, qui n'ont ni poutres ni chevrons.... », ou encore sur toile de fond révolutionnaire « ah, ca ira, ca ira, les aristocrates on les pendra ». Haut-lieu de « débauches » en tous genres, les jardins du Palais Royal offrent alors, la nuit tombée, des spectacles et sketches subversifs, comme au « Café des aveugles » où se produisait un quatuor de musiciens malvoyants, échappant de ce fait aux activités du lieu pouvant outrager les bonnes mœurs.
Sous l'Empire, Napoléon fait fermer les salles et cafés, interdisant toute représentation, et donnant l'exclusivité de la scène aux théâtres nationaux.

Il faudra attendre le début du XIXe siècle, sous Louis Philippe, pour voir renaitre l'esprit des cafés chantants.
Au bas des Champs Elysées, au niveau du Palais Royal, les marchands de vin proposent dans les trois pavillons qu'ils occupent des chanteurs populaires. Fait marquant pour l'histoire de la chanson francaise : au Pavillon des Ambassadeurs, les artistes se rebellent contre le patron du Café concert qui les embauchent, exigeant une contrepartie pour leurs prestations. La querelle se règle devant les tribunaux et les artistes obtiennent gain de cause : ainsi fut créée la SACEM en 1851 pour défendre les droits d'auteur (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). Anecdote publiciatire : Le Pavillon de l'Horloge, se distingue par sa scène couverte, argumentant « seul concert couvert en cas de pluie ».

L'Alcazar d'été, près des Champs Elysées (aujourd'hui devenu le Pavillon Gabriel, studio d'enregistrement télévisé utilisé par Michel Drucker) est créé en 1860 par Arsène Goubert, déjà propriétaire de l'Alcazar d'hiver (bd Poissonnière). Y seront programmés les grands noms de l'époque : Theresa , Paulus, Polin, Mistinguett, Yvette Guilbert....Le répertoire est souvent stupide, les textes coquins voire grivois mais la diction est parfaite !

Sur les grands boulevards, du côté de la Porte St-Martin, l'Eldorado (aujourd'hui la Comedia) programme encore Mistinguett, Guilbert, ou encore Félix Mayol. Ce dernier, avec son allure efféminée rehaussée d'une coiffure en « toupette », se classe parmi les chanteurs de charme (voir encadré). Sa popularité le conduira à poser dans les réclames de Félix Potin.

Au centre de Paris, les Folies Bergère (du nom de la rue éponyme toute proche) ouvrent au public dans les années 1870 après plusieurs années de travaux. L'endroit est spacieux et comporte en outre un promenoir et un grand jardin d'hiver. Ce sera le premier établissement du genre pour lequel il faudra payer l'entrée. On pourra y boire, fumer, fréquenter les femmes de petite vertu...tout en profitant d'attractions spectaculaires comme la Belle Fatma, « visible sans supplément » ou « l'homme de fer qui soulève un cheval . L'américaine Loïe Fuller y débutera  sa carrière en créant une chorégraphie originale, mêlant la lumière aux voiles de ses robes. Autre grande artiste à y faire preuve d'originalité à partir de 1926 : Josephine Baker et sa revue "nègre" dansant sur des rythmes de Charleston habillée d'un pagne de bananes. Américaine, ayant quitté très jeune sa famille, elle débute en fait à Paris au Théatre des Champs Elysées avec son spectacle mêlant comique, bêtes sauvages et nudité. Son engagement politique contre le nazisme et son féminisme d'avant-garde feront également sa notoriété.

La Scala, proche de l'Eldorado, aura un destin plus triste, devenu aujourd'hui cinéma pornographique. Dans ses jours de gloire, de grands noms de la chanson s'y produisaient comme Polaire, célèbre gommeuse à la diction impeccable ou Polin en chanteur patriotique interprétant sa « revue du 14 juillet ».

L'Olympia, crée en 1929, deviendra un haut-lieu du music-hall. Repris dans les années 50 par Bruno Coquatrix, impresario de nombreuses vedettes de l'époque parmi lesquelles Edith Piaf ou Georges Brassens, l'Olympia connaitra des heures de gloire. Coquatrix dirigera également Bobino qui verra passer, outre de grandes vedettes, le cortège funèbre de Josephine Baker.
Sur le boulevard Rochechouart, aux pieds de Montmartre, se trouvent encore trois salles : La Cigale, L'Élysée Montmartre et le Trianon qui feront de ce quartier, au début du XIXe siècle le berceau de la chanson et du french Cancan. Le Trianon en particulier, avec une salle grandiose de 1000 places, connaitra de grands succes avec Mistinguett, ou dans un genre nouveau Fregoli le transformiste éclair. Le Trianon sera transformé, juste avant la seconde guerre mondiale, en salle de cinéma.

Le Casino de Paris, créé en 1880, est associé à  Mistinguett (Jeanne Bourgeois) à "son homme", Maurice Chevalier. Ils s'y produiront tous les deux, elle en y trainant son accent parigot, lui en s'y amusant de chansons coquines comme « Valentine et ses tous petits petons... »
 

Autre salle, une des rares située rive gauche, le Paradis latin,  à l'origine le Théâtre latin dans le quartier du même nom. La clientèle y est différente des autres caf-conc : ici se côtoient artistes, intellectuels, étudiants, ouvriers, commerçants et aristocrates ne dédaignant pas s'encanailler. Détruit par un incendie pendant la guerre contre les Prussiens, le théâtre sera rénové par Gustave Eiffel, en 1887. En pleins préparatifs pour l'Exposition universelle de 1889, il conçoit un bâtiment à l'élégante armature métallique qui sera rebaptisé Paradis latin à son ouverture. Yvette Guilbert y sera une figure de proue. Mais l'emplacement rive gauche fait du tort au Cabaret. La salle sera pendant plusieurs années transformée en entrepôt jusqu'à ce que Jean Kriegel en 1977 la restaure complètement et lui redonne sa vocation initiale de salle de spectacle.

Aujourd'hui, les lieux et formes de spectacle répondent à d'autres critères d'exigences du public. Lido et Crazy Horse font partie du "package" du touriste à Paris. Le concept du Zenith avec plus de 6300 places, quant à lui, conçu au depart pour ne durer que 3 ans, s'est dupliqué en Province permettant d'organiser des concerts géants dans plus de 30 villes en France. Le spectacle continue !